Gym douce, yoga, équilibre : le programme d’activité physique qui réduit les chutes en EHPAD

Le quotidien en EHPAD
Gym douce, yoga, équilibre le programme d’activité physique qui réduit les chutes en EHPAD

Depuis le décret du 30 décembre 2016, les médecins peuvent prescrire l’activité physique adaptée (APA) comme thérapie non médicamenteuse à part entière. En EHPAD, ce dispositif a transformé la prise en charge des résidents : gym douce, équilibre, yoga adapté, marche encadrée. Avec un objectif central, prévenir les chutes, qui restent la première cause de perte d’autonomie chez les plus de 80 ans.

Ce qu’est précisément l’APA

L’APA désigne une activité physique encadrée par un professionnel diplômé (enseignant en activité physique adaptée, ou EAPA), titulaire d’une licence ou d’un master STAPS mention APA et Santé. Ce n’est pas du sport classique ni de la kinésithérapie, mais une discipline à mi-chemin, ciblant des publics fragiles : seniors, personnes en situation de handicap, patients atteints de pathologies chroniques.

Le décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016 inscrit l’APA dans le parcours de soins. Le médecin traitant ou le médecin coordonnateur peut la prescrire sur un formulaire dédié, et l’EAPA met en œuvre les séances selon les capacités évaluées du résident.

Les opérateurs majeurs en EHPAD

L’activité physique adaptée en EHPAD repose sur différents opérateurs spécialisés, publics, associatifs ou privés, qui structurent la prévention des chutes et le maintien de l’autonomie.

Siel Bleu, l’acteur historique

Créée en 1997 dans le Bas-Rhin, l’association Siel Bleu intervient dans les maisons de retraite. Ses chargés de prévention santé sont tous diplômés APA. L’association propose des séances hebdomadaires, des conférences sur l’équilibre et la prévention des chutes, ainsi qu’un programme antichute spécifique.

Selon les données diffusées par l’association et reprises par plusieurs établissements partenaires, une heure d’APA par semaine peut réduire le taux de chute de 35 % et améliorer les capacités de déplacement de 87 %.

Les EAPA salariés des groupes

Les grands réseaux d’EHPAD intègrent souvent un ou plusieurs EAPA en propre. Clariane (ex-Korian) communique sur la présence d’un enseignant APA salarié dans la majorité de ses établissements. Emeis (ex-Orpea), DomusVi et Colisée déploient des programmes similaires. Dans les EHPAD publics et associatifs, les EAPA sont souvent partagés entre plusieurs structures via une convention de mise à disposition.

gym douce en ehpad pour renforcer la mobilité

Les disciplines pratiquées au quotidien

DisciplineObjectif principalNiveau requis
Gym douce assiseMobilité articulaire, postureTrès accessible, GIR 4 à 6
Gym douce deboutRenforcement musculaire globalMarche autonome conseillée
Travail d’équilibrePrévention des chutesDebout avec ou sans appui
Yoga adaptéSouplesse, respiration, détenteVersions chaise et tapis
Marche encadréeEndurance cardio-respiratoireMarche autonome
AquagymDécharge articulaire, renforcementÉtablissements avec piscine
Atelier prévention chutesLevers, transferts, équilibreAdapté à tous les GIR

Quel ratio de séances recommander

Les recommandations générales de l’APA santé évoquent 2 à 3 séances par semaine pour des bénéfices mesurables. En EHPAD, la réalité est plus modeste : 1 à 2 séances collectives hebdomadaires est la norme, complétée par des séances individuelles ciblées pour les résidents les plus fragiles ou en post-chute.

La taille des groupes varie de 3 à 8 personnes selon les recommandations professionnelles. En séance collective, l’EAPA adapte chaque exercice au niveau de chaque participant, ce qui est la marque même de l’APA par rapport à un cours de gym standard.

Prévention des chutes, la priorité absolue

Les chutes touchent un tiers des personnes de plus de 65 ans chaque année, et près de la moitié des plus de 80 ans. En EHPAD, elles sont la première cause d’hospitalisation et précipitent souvent la perte d’autonomie.

Les programmes de prévention des chutes en EHPAD combinent plusieurs leviers : 

-renforcement des muscles porteurs (cuisses, fessiers, mollets), 

-travail spécifique de l’équilibre statique et dynamique, 

-exercices de double tâche (marcher en comptant à rebours par exemple), 

-apprentissage du relevé du sol.

Témoignage type : Mme Bertin, 87 ans, résidente en EHPAD à Bordeaux, a chuté trois fois en six mois en 2025. Après six mois de séances bihebdomadaires d’APA, dont un atelier prévention chutes Siel Bleu, elle n’a plus chuté en huit mois. « J’ai appris à me lever d’une chaise sans pousser sur les bras. Et à me relever quand je tombe, ce que je ne savais plus faire. »

Financement et organisation

L’APA en EHPAD est financée via plusieurs sources combinées. Le forfait soins versé par l’Assurance maladie couvre les rémunérations des personnels paramédicaux, dont les EAPA dans certains schémas. Le forfait dépendance versé par le département peut financer des actions de prévention. Certaines ARS lancent des appels à projets ciblés sur la prévention de la perte d’autonomie.

Pour un EHPAD de 80 résidents, l’équivalent d’un mi-temps EAPA permet d’assurer 2 séances collectives hebdomadaires par unité, plus des bilans individuels. Coût annuel indicatif : 20 000 à 25 000 € pour un mi-temps.

Comment évaluer la qualité d’un programme APA

1-Vérifier que l’intervenant est diplômé STAPS mention APA et Santé (et non simple coach ou bénévole).

2-S’assurer que les séances sont précédées d’un bilan individuel des capacités.

3-Demander la fréquence réelle des séances par résident, pas seulement leur existence.

4-Regarder le taux de participation : un bon programme touche plus de 60 % des résidents éligibles.

5-Évaluer les résultats annuels : nombre de chutes, dépenses pharmaceutiques, ressenti des résidents.

Questions fréquentes

Un résident grabataire peut-il bénéficier d’APA ?

Oui. L’EAPA propose des exercices passifs et actifs au lit ou en fauteuil, ciblant la circulation, les mobilisations articulaires et la respiration. L’objectif change (confort et prévention des complications de l’alitement plutôt que renforcement) mais la prise en charge reste pertinente.

Quelle différence entre kiné et EAPA ?

Le kiné réalise des actes de rééducation prescrits, le plus souvent en individuel, sur une pathologie identifiée. L’EAPA intervient sur la prévention, le maintien des capacités et l’amélioration de la condition physique générale, surtout en collectif. Les deux sont complémentaires.

L’APA est-elle remboursée pour le résident ?

En EHPAD, l’APA est intégrée à la prise en charge globale et n’est pas facturée à part au résident. À domicile, certaines mutuelles remboursent partiellement les séances prescrites, mais l’Assurance maladie ne prend pas en charge directement l’APA en routine.

Le yoga adapté est-il compatible avec une arthrose sévère ?

Oui, dans sa version sur chaise. L’EAPA évite les postures contraignantes et travaille en amplitudes douces. Les bénéfices respiratoires et de détente sont accessibles à la quasi-totalité des résidents.

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