Longtemps cantonnées au loto et au scrabble, les animations en EHPAD intègrent désormais le numérique. Tablettes simplifiées, applications de stimulation cognitive, jeux mémoire, lettres familiales numérisées : en 2026, plus de 1 000 établissements en France utilisent une solution dédiée comme Famileo. Tour d’horizon des outils, des budgets et des retours d’expérience.
Pourquoi le numérique a sa place en EHPAD
Le projet d’animation, obligatoire au titre du code de l’action sociale et des familles, vise à maintenir le lien social, stimuler les fonctions cognitives et préserver l’autonomie.
Les outils numériques apportent trois bénéfices spécifiques :
1. Ils rapprochent les familles. Lorsque les enfants vivent loin ou que les visites s’espacent, recevoir des photos et messages des proches via une tablette adaptée évite la rupture relationnelle.
2. Ils permettent de personnaliser les ateliers mémoire. Une animatrice peut proposer un quiz culture générale niveau facile à Mme Dubois et un exercice de calcul plus exigeant à M. Lefèvre, en simultané, sur deux tablettes.
3. Ils diminuent l’isolement des résidents à mobilité réduite ou en unité protégée. Les contenus arrivent à eux, sans nécessiter un déplacement vers la salle d’animation.

Les tablettes seniors les plus utilisées en EHPAD
Les tablettes pour seniors en EHPAD se sont diversifiées, allant des interfaces simplifiées aux services de lien familial, afin de renforcer le maintien du lien social et l’autonomie numérique.
Famileo, la gazette familiale
Famileo n’est pas une tablette mais un service. Les proches envoient photos et messages depuis leur smartphone, l’application les compile en une gazette papier ou numérique envoyée toutes les quatre semaines. Tarif : 1 €/mois en offre découverte (6 mois), puis 5,99 €/mois.
Facilotab, Mobiho et autres
D’autres tablettes seniors existent : Facilotab (interface simplifiée Android), Mobiho (orientée appel vidéo), ou des tablettes grand public configurées en mode lanceur senior. Le choix dépend des usages prioritaires recherchés par l’établissement.
Les applications de stimulation cognitive
Plusieurs éditeurs proposent des contenus dédiés à la stimulation cognitive en EHPAD :
–Dynseo, équipe parisienne créée il y a treize ans, propose les applications Joe (adultes) et Edith (seniors avec troubles cognitifs). Joe a été labellisée MedAppCare. Les jeux travaillent mémoire, concentration, logique, langage et orientation. Utilisable en individuel comme en groupe.
-Stimulin, développée par une orthophoniste, propose des exercices personnalisables pour les troubles du langage et de la mémoire.
-Tovertafel (la « table magique » néerlandaise) projette des jeux interactifs sur une table, particulièrement adaptés aux personnes en unité protégée Alzheimer. Coût d’investissement plus lourd, autour de 7 000 à 8 000 €.
Budgets et modèles économiques
Trois schémas de financement coexistent en EHPAD.
| Modèle | Coût indicatif | Avantage |
|---|---|---|
| Achat tablette + abonnement | 350 € + 5 à 11 €/mois | Investissement maîtrisé sur 3-4 ans |
| Location complète | 25 à 30 €/mois par tablette | Maintenance et SAV inclus |
| Mise à disposition par les familles | 0 € pour l’établissement | Tablette personnelle du résident |
Pour un EHPAD de 80 lits qui souhaite équiper la salle d’animation et les unités protégées, un parc de 5 à 8 tablettes professionnelles suffit généralement. Coût annuel : 1 500 à 3 000 € en location tout inclus, ce qui reste compatible avec un budget animation classique de 3 à 5 €/jour/résident.
Retours d’expérience dans les groupes
Les grands réseaux ont intégré le numérique à leur projet d’animation. Chez Korian (devenu Clariane), des ateliers mémoire numérique sont déployés dans les EHPAD du groupe, avec un encadrement par les animateurs formés. Emeis (ex-Orpea) communique également sur l’usage de tablettes pour ses résidents en unité protégée.
Dans les EHPAD publics, l’équipement progresse plus lentement, faute de marge budgétaire. Certains établissements bénéficient d’appels à projets ARS pour la prévention de la perte d’autonomie, qui peuvent financer une dotation initiale.
Bonnes pratiques d’animation numérique
1-Former l’animatrice et au moins un relai soignant, sinon l’outil reste dans un placard.
2-Doser l’usage : 20 à 30 minutes par séance suffisent, sous peine de fatigue cognitive et visuelle.
3-Mixer numérique et activités manuelles dans la semaine, l’écran n’a pas vocation à remplacer le contact.
4-Adapter la luminosité et la taille de police pour les troubles visuels.
5-Évaluer régulièrement : qui utilise, à quelle fréquence, avec quel bénéfice perçu.
Questions fréquentes
Toutes les personnes âgées peuvent-elles utiliser une tablette ?
La majorité, avec une interface adaptée. Les freins principaux sont une dégénérescence visuelle avancée ou des troubles cognitifs sévères. Pour ces résidents, la médiation par l’animatrice et la projection sur grand écran restent préférables.
Une tablette remplace-t-elle les animations classiques ?
Non. Le numérique enrichit l’offre mais ne se substitue pas aux ateliers manuels, à la médiation animale, au chant ou à la sortie au jardin. Le projet d’animation doit rester équilibré.
Qui finance ces équipements ?
Le plus souvent le budget animation interne, complété ponctuellement par des appels à projets ARS, des dons d’associations de familles ou des partenariats avec des mutuelles. Le forfait dépendance peut couvrir une partie pour les outils à visée de stimulation cognitive.
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