Planter une jacinthe, sentir la menthe écrasée entre ses doigts, marcher pieds nus sur l’herbe, écouter une boîte à musique dans une pièce tamisée : les approches sensorielles et l’hortithérapie se développent en EHPAD. Pas comme un loisir d’appoint, mais comme des outils thérapeutiques aux effets mesurés sur l’agitation, la consommation de médicaments et la qualité de vie des résidents.
L’hortithérapie, une discipline qui se structure
L’hortithérapie désigne l’utilisation du jardin et des activités horticoles à visée thérapeutique. Elle se distingue du simple jardinage récréatif par la présence d’un objectif de soin (cognitif, moteur, psychique ou social) et l’encadrement par un professionnel formé.
En France, la discipline s’est structurée autour de l’association Jardins et Santé, qui finance des projets de recherche et soutient le développement de jardins thérapeutiques en établissements de santé. Un diplôme universitaire « Santé et Jardins » a été créé à l’université de Saint-Étienne, premier cursus français spécifiquement dédié à cette pratique.
Des hortithérapeutes interviennent à temps plein ou partiel dans un nombre croissant d’EHPAD, soit en propre, soit via des prestataires spécialisés.
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Études et résultats mesurés
Les premiers travaux conduits en collaboration avec l’AP-HP, sur des populations atteintes de maladie d’Alzheimer à un stade avancé, ont mis en évidence une amélioration des fonctions cognitives et de l’autonomie fonctionnelle lorsque les résidents bénéficient régulièrement du jardin.
Une étude norvégienne réalisée en milieu hospitalier a relevé une diminution de la fatigue, des migraines et des vertiges en présence de plantes dans les espaces de soin. Plusieurs travaux internationaux convergent sur la baisse de l’agitation et l’amélioration de l’humeur chez les résidents en contact régulier avec un jardin, sans qu’un protocole français de référence ne soit encore publié.
Ces résultats restent à confirmer par des protocoles plus larges et standardisés, mais ils orientent les pratiques vers une intégration plus systématique du jardin dans le projet d’animation et de soins.

Le jardin thérapeutique, un investissement qui se réfléchit
Un jardin thérapeutique en EHPAD répond à des critères précis. Il doit être accessible aux personnes à mobilité réduite, sécurisé pour les résidents désorientés, varié dans ses ambiances sensorielles, et conçu pour offrir des prises (rampes, bancs, jardinières surélevées).
| Composant | Bénéfice ciblé | Aménagement type |
|---|---|---|
| Allée circulaire sans impasse | Apaise les résidents désorientés | Sol stable, sans ressaut |
| Jardinières surélevées | Jardinage en fauteuil ou debout | Hauteur 70 à 90 cm |
| Plantes aromatiques | Stimulation olfactive et mémoire | Lavande, thym, menthe, romarin |
| Carrés potagers | Activité productive valorisante | Tomates, fraises, herbes |
| Coin sonore | Apaisement auditif | Fontaine, carillons, mangeoires |
| Espace abrité | Sortie par tous les temps | Pergola, tonnelle, véranda |
L’investissement initial varie de 20 000 € pour un aménagement modeste à plus de 100 000 € pour un jardin thérapeutique conçu par un paysagiste spécialisé. Le financement peut combiner forfait dépendance, appels à projets ARS, mécénat (mutuelles, fondations) et participation des familles via des associations.
Snoezelen et salles sensorielles
La méthode Snoezelen, développée aux Pays-Bas dans les années 1970, propose un espace dédié à la stimulation multisensorielle contrôlée. Lumières tamisées et changeantes, projections, musiques douces, matières à toucher, diffuseurs olfactifs : tout y est conçu pour apaiser et solliciter doucement les sens.
Une étude publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease rapporte une réduction de 40 % des comportements difficiles chez des patients déments après séances Snoezelen régulières. Les retours de terrain en EHPAD font état d’une diminution de l’agitation, de l’agressivité verbale et physique, ainsi que de l’anxiété, particulièrement en unité protégée Alzheimer.
L’un des effets indirects régulièrement décrit est la baisse des prescriptions de neuroleptiques et de sédatifs, avec un allègement de la charge médicamenteuse et un meilleur état d’éveil des résidents. Cet effet a été documenté par plusieurs travaux français, dont l’étude menée par l’université de Lorraine.
Ateliers sensoriels du quotidien
Tous les EHPAD n’ont pas la place ou le budget d’une salle Snoezelen complète (compter 15 000 à 40 000 €). Beaucoup déploient des ateliers sensoriels plus modestes mais réguliers.
-Ateliers olfactifs avec coffret d’odeurs (épices, fleurs, fruits) pour la stimulation mémorielle.
-Bains de mains chauds parfumés à la lavande ou à la rose, conjugués à un massage.
-Écoute musicale personnalisée avec casque, sur des morceaux choisis par les familles selon les goûts du résident.
-Médiation animale (chien, lapin, poneys en extérieur) couplée à la stimulation tactile.
-Cuisine sensorielle : pétrir une pâte, écraser des herbes, faire chauffer une infusion.
Conditions de réussite
1-Inscrire l’activité dans le projet d’animation et de soins, pas comme un à-côté.
2-Former au moins une personne de l’équipe (animateur, AMP, AS) à la médiation sensorielle.
3-Garantir la régularité : 1 à 3 séances hebdomadaires donnent de meilleurs résultats qu’une activité ponctuelle.
4-Adapter à chaque résident, en lien avec le projet de vie individuel.
5-Mesurer les indicateurs : agitation, sommeil, médicaments psychotropes, ressenti des familles.
Questions fréquentes
Un résident en fauteuil peut-il jardiner ?
Oui, à condition d’avoir des jardinières surélevées (70 à 90 cm) et des outils ergonomiques (manches courts, poignées larges). C’est précisément la finalité du jardin thérapeutique.
Le Snoezelen est-il adapté à tous les résidents ?
Il est particulièrement indiqué pour les personnes atteintes de troubles cognitifs avancés, d’autisme ou de troubles psychiques. Il est moins pertinent pour les résidents pleinement orientés, qui préfèrent généralement des activités plus stimulantes.
Combien coûte une salle Snoezelen ?
Une salle complète revient entre 15 000 et 40 000 € selon le niveau d’équipement (lit à eau, projection, fibres optiques, diffuseurs). Des kits modulaires existent à partir de 3 000 €, suffisants pour démarrer.
Quelle formation pour un hortithérapeute ?
Le diplôme universitaire « Santé et Jardins » de Saint-Étienne est la formation française de référence. Plusieurs organismes privés proposent également des certifications de 100 à 300 heures, accessibles aux professionnels du soin, de l’animation ou du paysage.
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