La maltraitance des personnes âgées : comprendre, prévenir et signaler les situations à risque 

Guide de la vie en EHPAD
Guillaume 17 juin 2026 13 min de lecture
La maltraitance des personnes âgées comprendre, prévenir et signaler les situations à risque

La question de la maltraitance des personnes âgées suscite de nombreuses inquiétudes chez les familles et les aidants. Contrairement aux idées reçues, elle ne concerne pas uniquement la vie en EHPAD. Elle peut également survenir au domicile, dans l’entourage familial ou dans tout autre lieu d’accompagnement. Certaines situations sont visibles, tandis que d’autres sont plus discrètes et difficiles à identifier. La prévention de la maltraitance passe notamment par le respect des droits des personnes âgées : droit à la dignité, au respect de l’intimité, au consentement ou encore à la liberté de choix. Cet article présente les formes de maltraitance les plus fréquentes, les principes de la bientraitance ainsi que les dispositifs de signalement existants.

Qu’est-ce que la maltraitance des personnes âgées ?

La maltraitance des personnes âgées peut prendre des formes très diverses. Elle ne se limite pas à la violence physique et peut parfois résulter d’actes involontaires, de négligences répétées ou d’un accompagnement inadapté.

Comprendre la notion de maltraitance des personnes âgées 

Depuis la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, la définition légale de la maltraitance a été étendue à toutes les personnes vulnérables. Le Code de l’action sociale et des familles indique :

« La maltraitance au sens de la présente loi vise toute personne en situation de vulnérabilité lorsqu’un geste, une parole, une action ou un défaut d’action compromet ou porte atteinte à son développement, à ses droits, à ses besoins fondamentaux ou à sa santé et que cette atteinte intervient dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d’accompagnement. »

Ces situations peuvent survenir au domicile, en EHPAD ou dans d’autres établissements et services sociaux et médico-sociaux

Elles peuvent être le fait d’un proche, d’un aidant, d’un professionnel ou d’une organisation défaillante. La personne victime n’est pas toujours en mesure d’exprimer ce qu’elle subit, notamment lorsqu’elle souffre de troubles cognitifs ou de difficultés de communication.

Les différents types de maltraitance

Les situations de maltraitance peuvent prendre des formes très variées et plusieurs d’entre elles peuvent se cumuler chez une même personne. Certaines sont facilement identifiables, tandis que d’autres sont plus discrètes et peuvent passer inaperçues pendant longtemps. 

Type de maltraitance Exemples concrets Conséquences possibles 
Physique Coups, gestes brusques, contention injustifiée, manipulation douloureuse Douleurs, blessures, perte d’autonomie, peur 
Psychologique ou morale Humiliations, insultes, menaces, infantilisation, isolement volontaire Anxiété, dépression, perte d’estime de soi, repli social 
Négligence Oubli de soins, alimentation insuffisante, manque d’hygiène, absence d’aide nécessaire Dégradation de l’état de santé, dénutrition, perte d’autonomie 
Médicamenteuse Erreurs répétées de traitement, surmédicationEffets indésirables, confusion, chutes, aggravation de l’état de santé 
Financière ou administrative Utilisation abusive d’argent, détournement de biens, pressions financières Difficultés financières, perte de patrimoine, dépendance accrue 
Atteinte aux droits et aux libertés Non-respect du consentement, restriction des visites ou des déplacements, atteinte à la vie privée Atteinte à la dignité, perte de confiance, sentiment d’impuissance 

La bientraitance : un levier essentiel de prévention en EHPAD et à domicile 

Face aux risques de maltraitance, les politiques publiques mettent de plus en plus l’accent sur la bientraitance.

La définition de la bientraitance chez les seniors

Selon la Haute autorité de santé, la bientraitance est une démarche collective visant à identifier l’accompagnement le meilleur possible pour chaque personne, dans le respect de ses choix et dans l’adaptation la plus juste à ses besoins.

Concrètement, la bientraitance consiste à placer la personne âgée au centre des décisions qui la concernent. 

Elle repose sur l’écoute, le respect de la dignité, la prise en compte du consentement et l’adaptation de l’accompagnement à l’évolution de la situation de chacun. Cette démarche s’applique aussi bien à domicile qu’en EHPAD ou dans les autres établissements et services médico-sociaux.

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définition de la maltraitance en ehpad

Le rôle des professionnels

Les professionnels jouent un rôle essentiel dans la prévention des situations de maltraitance. 

La formation, l’écoute et l’observation régulière permettent de repérer plus rapidement d’éventuelles difficultés ou situations à risque. Les aides à domicile, auxiliaires de vie, infirmiers, aides-soignants et autres intervenants sont souvent parmi les premiers à détecter un changement de comportement, un isolement inhabituel ou une dégradation de l’état de santé.

Dans les établissements comme à domicile, le travail en équipe, la coordination des intervenants et le respect des bonnes pratiques de bientraitance participent à la prévention des maltraitances.

Bon à savoir
La maltraitance peut être volontaire ou involontaire.
Elle peut survenir dans tous les lieux de vie, y compris au domicile.
La prévention repose sur la vigilance des familles, des professionnels et de l’entourage.

Quelles situations augmentent les risques de maltraitance des personnes âgées ?

La maltraitance n’apparaît généralement pas sans contexte. Certaines situations peuvent augmenter le risque de voir émerger des comportements inadaptés ou des négligences, à domicile comme en établissement.

Les facteurs de vulnérabilité liés à la personne âgée

Certaines situations de vulnérabilité peuvent exposer davantage une personne âgée à un risque de maltraitance : 

-une forte dépendance physique, lorsque la personne a besoin d’une aide importante pour se laver, s’habiller, se déplacer ou accomplir les gestes du quotidien ; 

les troubles cognitifs, notamment ceux liés à la maladie d’Alzheimer ou à d’autres formes de démence, qui peuvent compliquer la communication et l’expression des difficultés rencontrées ;

l’isolement social, qui réduit les contacts avec l’entourage et limite les possibilités d’alerte en cas de problème ; 

-la perte de contrôle sur la gestion de ses finances ou de ses démarches administratives, qui peut favoriser certains abus financiers ou administratifs.

Ces facteurs ne conduisent pas automatiquement à une situation de maltraitance. En revanche, ils peuvent accroître la vulnérabilité de la personne âgée et justifient une vigilance particulière de la part des proches et des professionnels.

Les facteurs de risque liés aux aidants et à l’entourage 

Lorsqu’un aidant intervient seul depuis plusieurs années, sans soutien extérieur ni solution de répit, la fatigue physique et psychologique peut devenir considérable. 

Les situations suivantes peuvent accroître le risque d’épuisement :

un manque de préparation face aux besoins de la personne âgée ;

l’absence de relais ou de solutions de répit ;

des difficultés financières ;

des tensions familiales ;

une prise en charge assumée seul pendant une longue période.

Les facteurs de risque dans les EHPAD et les ESSMS

Dans les EHPAD et les autres ESSMS, certains dysfonctionnements organisationnels peuvent également augmenter les risques de maltraitance. 

Un manque de formation des professionnels, une surcharge de travail, un effectif insuffisant ou un fort turnover peuvent rendre l’accompagnement plus difficile. 

Des problèmes de communication entre les équipes, des tensions internes ou des difficultés de gestion peuvent aussi avoir un impact sur la qualité de la prise en charge. 

Comment reconnaître les signes de maltraitance chez une personne âgée ?

Les signes de maltraitance ne sont pas toujours évidents à identifier. Certains indicateurs doivent néanmoins attirer l’attention.

Les principaux signes de maltraitance à repérer 

Les signes suivants doivent attirer l’attention :

blessures ou hématomes inexpliqués ;

perte de poids importante ;

changement brutal de comportement ;

anxiété ou peur inhabituelle ;

repli sur soi ;

refus soudain des visites ;

dégradation de l’hygiène ou de l’état général.

L’importance de l’écoute

Lorsqu’un doute existe, il est essentiel d’écouter la personne âgée avec bienveillance et sans jugement. Certaines victimes hésitent à parler par peur des conséquences ou par crainte de déranger leurs proches.

Le dialogue permet souvent de recueillir des informations précieuses et d’évaluer plus précisément la situation avant d’entreprendre d’autres démarches.

Les principales situations pouvant favoriser la maltraitance des personnes âgées et les signes à ne pas négliger

Situation à risque Pourquoi faut-il être vigilant ? Signes pouvant alerter 
Isolement social La personne âgée voit peu de proches ou de visiteurs, ce qui réduit les possibilités d’alerte et de soutien extérieurRepli sur soi, absence de contacts réguliers, refus des visites 
Perte d’autonomie importante La personne dépend fortement d’autrui pour les soins, les déplacements ou les actes du quotidienPeur d’exprimer ses besoins, manque de soins apparents, difficultés à communiquer 
Troubles cognitifs (Alzheimer, démences…) Les difficultés de mémoire ou de compréhension peuvent compliquer le signalement d’une situation problématique Changements brusques d’humeur, anxiété inhabituelle, agitation ou repli 
Épuisement de l’aidant familial Une charge d’accompagnement importante peut entraîner fatigue, stress et perte de patience Irritabilité, tensions fréquentes, absence de relais ou de temps de repos 
Dépendance financière ou administrative La personne âgée ne gère plus seule son argent ou ses démarches administratives Opérations bancaires inhabituelles, manque de transparence, difficultés à accéder à ses documents 
Difficultés organisationnelles en établissement Sous-effectif, surcharge de travail ou manque de coordination peuvent affecter la qualité de l’accompagnement Plaintes répétées, retards fréquents dans les soins, manque de disponibilité du personnel 

Comment signaler et faire cesser une situation de maltraitance ?

Lorsqu’une situation paraît préoccupante, plusieurs interlocuteurs peuvent être sollicités afin d’évaluer les risques et de mettre en place des mesures de protection.

Le signalement : à qui s’adresser ?  

La première étape consiste souvent à rechercher de l’aide auprès d’interlocuteurs compétents. La plateforme nationale d’écoute 3133 permet aux victimes, aux proches et aux témoins d’obtenir des conseils et un accompagnement adaptés.

Lorsque la situation concerne un professionnel intervenant à domicile ou dans un établissement, il peut également être utile d’en informer le responsable du service ou la direction de la structure concernée afin qu’une évaluation soit réalisée.

Lorsqu’une personne âgée est en danger immédiat, il ne faut pas attendre. Les services d’urgence doivent être contactés sans délai, tels que le SAMU (15), la police (17) ou les pompiers (18).

Les organismes pouvant intervenir 

Selon le contexte, plusieurs acteurs peuvent être sollicités pour protéger la personne âgée et examiner la situation signalée.

Interlocuteur Dans quel cas le contacter ? Rôle principal 
3133 En cas de doute, de maltraitance suspectée ou constatée Écoute, conseils et orientation 
Direction de l’établissement Si les faits concernent un EHPAD ou un service médico-social Analyse de la situation et mise en place de mesures correctives 
Conseil départemental Situation préoccupante concernant une personne âgée vulnérable Protection et accompagnement social 
Agence Régionale de Santé (ARS) Dysfonctionnement ou maltraitance en établissement ou service de soins Contrôle et inspection des structures 
Forces de l’ordre ou services d’urgence Danger immédiat ou urgence vitale Protection immédiate de la victime 

Bon à savoir
Depuis le 1er mars 2026, le 3977 a été remplacé par le 3133, numéro national dédié à l’écoute et à l’accompagnement des personnes victimes de maltraitance.

En cas de doute, il vaut mieux demander conseil que rester seul face à une situation préoccupante.

Si la personne âgée bénéficie d’une mesure de protection juridique (tutelle ou curatelle), le tuteur ou le curateur peut également être informé afin de l’accompagner dans ses démarches.

Les points de vigilance pour les familles

Les proches jouent un rôle important dans la prévention des maltraitances. Sans être constamment sur leurs gardes, quelques réflexes simples peuvent aider à repérer plus rapidement une situation préoccupante.

-Maintenir des contacts réguliers avec la personne âgée, que ce soit par des visites, des appels ou des échanges fréquents.

-Être attentif aux changements inhabituels de comportement, d’humeur ou d’apparence physique.

-Observer l’état général de la personne : alimentation, hygiène, moral, autonomie et état de santé.

-Favoriser le dialogue afin que la personne âgée puisse exprimer librement ses difficultés ou ses inquiétudes.

-Conserver un lien régulier avec les professionnels qui interviennent à domicile ou en établissement.

-Ne pas banaliser des blessures inexpliquées, un isolement soudain ou une peur inhabituelle.

-Vérifier que les droits, les choix et la dignité de la personne âgée sont respectés au quotidien.

-Rechercher de l’aide ou demander conseil en cas de doute, même en l’absence de preuve formelle.

-Signaler rapidement toute situation susceptible de mettre en danger la sécurité ou le bien-être de la personne.

FAQ

Qu’est-ce que la maltraitance des personnes âgées ?

La maltraitance des personnes âgées ne se limite pas aux violences physiques. Elle peut aussi prendre la forme de négligences, d’humiliations, d’abus financiers ou d’un non-respect des droits de la personne. Dès lors qu’une situation porte atteinte à sa santé, sa sécurité, sa dignité ou son bien-être, il peut s’agir d’une forme de maltraitance.

Comment reconnaître la maltraitance en EHPAD ?

Certains signes doivent attirer l’attention : blessures inexpliquées, changement brutal de comportement, peur inhabituelle, repli sur soi, perte de poids ou dégradation de l’état général. Un signe isolé n’est pas forcément révélateur, mais plusieurs indices concordants méritent d’être pris au sérieux et d’être discutés avec l’équipe de l’établissement.

Que faire en cas de maltraitance à domicile ?

Si vous suspectez une situation de maltraitance, commencez par écouter la personne concernée et notez toutes les informations utiles. N’hésitez pas à demander conseil auprès du 3133. En cas de danger immédiat, il est important d’alerter rapidement les services d’urgence.

Quelle différence entre maltraitance et négligence ?

La négligence est une forme de maltraitance. Elle correspond à l’absence ou à l’insuffisance de soins, d’attention ou d’accompagnement nécessaires au bien-être de la personne âgée. La maltraitance est une notion plus large qui englobe également les violences physiques, psychologiques, financières ou les atteintes aux droits.

Comment signaler une situation de maltraitance ?

Vous pouvez demander conseil au 3133, informer la direction d’un établissement, contacter les services sociaux, le conseil départemental ou l’ARS selon la situation. L’objectif du signalement est avant tout de protéger la personne âgée et de faire cesser les risques auxquels elle pourrait être exposée.

Qu’est-ce que la bientraitance en EHPAD ?

La bientraitance consiste à accompagner chaque résident dans le respect de ses choix, de ses habitudes de vie et de sa dignité. Concrètement, cela signifie être à l’écoute de ses besoins, respecter son consentement et favoriser autant que possible son autonomie et son bien-être au quotidien.

Sources de l’article :

Art. L. 119-1 du Code de l’action sociale et des familles ;

ANESM. La bientraitance : définition et repères pour la mise en œuvre. Recommandation de bonnes pratiques professionnelles, 2008. Reprise par la Haute Autorité de Santé (HAS).

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